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Les châteaux de Jemappes

 Il y eut certainement au cours des siècles quelques châteaux en notre commune. Le terme château étant alors entendu dans son sens le plus large. En effet, autrefois, lorsqu’un propriétaire se faisait construire une demeure d’une certaine apparence et pour peu qu’elle fût encadrée de parterres fleuris ou de frondaisons, cela devenait vite, pour le langage populaire, le « château », même si l’ensemble représentait une surface plutôt modeste.

Le château Nicaise

 Vaste et jolie propriété boisée qui s’étale au Marais dans l’angle formé par les rues de Ghlin et Nouvelle Chasse. Pendant une quarantaine d’années il appartint à l’Institut Saint-Ferdinand et, à ce titre, fut longtemps connu à Jemappes sous l’appellation « château des Frères ». Son histoire est relativement simple.

Sa construction remonte à 1810 ; son propriétaire en était monsieur Tabuteau. Dans les années 1890, le domaine était occupé par deux sœurs âgées que les gens appelaient « les demoiselles Capiteau » par déformation du nom Tabuteau.

Une dizaine d’années plus tard, ce bien fut acquis par un industriel du Centre qui en fit sa maison de campagne : monsieur Charles Nicaise. Grand amateur de chevaux, le nouveau propriétaire confia le soin de son écurie à Oscar Gyselinck, par ailleurs marchand-tailleur à la grand ’rue.

Le château fut incendié le 23 aout 1914, lors des bombardements de l’armée allemande et ne fut jamais reconstruit. Le petit bois fut racheté par l’Institut Saint-Ferdinand après l’armistice.

Monsieur Charles Nicaise participa, en 1933, à l’inauguration du nouveau couvent des religieuses « les Petites Sœurs des pauvres » en face de l’église.

Le château Guillochin

 

En 1785, Monsieur Fontaine, grand financier de la Ville de Mons décide de se faire bâtir une seconde résidence à Jemappes. Il découvre une terre entre Jemappes et Ghlin, un terrain très intéressant du fait qu’il possède quelques espaces d’eau alimentés par la Haine.

Les plans de la résidence sont dressés par un certain Dubelle et pour ce qui est du Parc, le père Fontaine parviendra à bénéficier du concours du Comte du Val de Beaulieu, page de Napoléon et horticulteur averti.

Ce concours sera de courte durée en raison du fait que le comte hérite du château d’Attre de par son mariage avec Mademoiselle de Gomegnies, sœur de Ferdinand d’Hyon, qui par la suite fut le Conseil intime de l’Empereur d’Autriche Joseph II.

Fontaine s’installe en 1787 dans son Parc Jemappien. Trois ans plus tard, le fils alors âgé de 25 ans se marie et le jeune ménage va vivre dans cette nouvelle demeure.

Dès ce moment, les événements vont se succéder et ce sera le début des grandes réceptions.

La famille sera anoblie par le Roi Guillaume des Pays-Bas en 1823.

Tout ce bien passe ensuite aux familles des Comtes de Guillochin, puis à Paternostre Guillochin.

En 1914, la propriété appartenait à Monsieur Legrand. Les changements de dénomination sont dus au fait que les propriétaires successifs, n’eurent qu’une descendance féminine.

Survint la guerre et les troupes allemandes arrivées à Jemappes incendièrent le bâtiment lors des combats. C’est en 1919 que le Conseil Communal de Jemappes décida d’acheter le château (du moins ce qu’il en restait) pour la somme de 122.000 F (14 ha), les prairies étant acquises par le Bourgmestre, Monsieur Debersé (6 ha).

L’approbation royale intervient le 15 novembre 1919 et c’est en 1923 que pus commencer la reconstruction de l’ancien domaine il subsiste néanmoins une chapelle de style ogival. Cette chapelle avait été érigée en 1869 par Madame Guillochain et dédiée à la mémoire de son mari.

Il subsiste aussi un Belvédère d’où on a un très beau panorama sur le domaine.

Dans les fondations de ce Belvédère, se trouvait une cave servant de frigo où on déposait-les marchandises périssables. On découpait des gros blocs de glace l’hiver pour les entreposer dans cette cave. Ces blocs se conservaient longtemps en raison de la basse température qui régnait dans ce local. Dès la restauration, en 1923, le bien est donné en location par l’Administration Communale.

 

L’histoire du parc communal

Tout de suite après la guerre 14-18, une des plus belles acquisitions que fit la commune de Jemappes fut, sans conteste, le parc communal, un large espace de douzaine d’hectares, dont voici l’histoire :

En 1875, un nommé Fontaine (1), riche propriétaire foncier, se fit bâtir une seconde résidence au milieu d’un bosquet, à la Quewette. Les plans des lieux, établis à l’époque par le géomètre Lefèvre, montrent que cette oasis champêtre, en position centrale par rapport aux communes environnantes, était dotée de merveilleux étangs naturels, alimentés par la Haine qui le traversait.

Mais, avec le creusement en 1807 du canal de Mons à Condé, la rivière fut détournée et le château isolé du village. Une convention intervint alors entre l’Etat français et le propriétaire, aux termes de laquelle l’alimentation des étangs se ferait par une prise d’eau sur le canal. En outre, le libre passage de la famille devait être assuré sur le chemin de halage.

En 1817, sous le mandat du maire Ghislain Joseph Brihay, Fontaine échangea avec la commune trois hectares de terrain contre la « Chasse Fontaine » qui logeait sa propriété, mais avec obligation de construire, à ses frais, un pont de brique sur la Vieille Haine, pour permettre l’accès aux maisonnettes limitrophes.

Par voie de succession, cette magnifique propriété revint à la famille des comtes Guillochin, dont le dernier représentant sollicita, en 1874, le rachat d’un pré voisin.

Pendant les terribles événements du 23 août 1914, la dame Legrand, propriétaire de l’époque, vit ses bâtiments saccagés par les Allemands, entraînant la destruction d’archives précieuses (dont les actes de servitude de prise d’eau), d’œuvres d’art et autres collections historiques du plus haut intérêt. De tous ces actes de vandalisme, il ne resta que quelques vestiges : une vieille cloche de la « Maison du Jockey » aujourd’hui disparue, portant l’inscription : « Louez qui m’a fait » fondue en 1822 ; la chapelle en style ogival, que la veuve Guillochin avait érigée à la mémoire du châtelain défunt, la rotonde du Belvédère, juchée sur un tertre qui recouvrait une vaste cave aux voûtes massives, espèce de frigidaire, où la glace prélevée sur les étangs gelés se préservait même en été ; une tour japonaise, souvenir rapporté d’un voyage lointain, démolie en 1922 et, enfin, d’imposants chênes et marronniers centenaires.

Ce fut donc en 1919, sous le mayorat de Gustave Debersé, que le Conseil communal décida l’acquisition des ruines du château Guillochin et du parc environnant. Dès 1923, grâce aux subsides accordés par l’Office des Régions Dévastées, la reconstruction d’une partie des bâtiments fut entreprise ; en 1927, l’ancienne Conciergerie et, vingt ans après, la Maison du Jockey furent restaurées à leur tour. En 1930, la commune de Flénu céda une partie de 98 ares qu’elle possédait à proximité, afin de permettre l’établissement d’une plaine de jeux. Plus tard, d’autres embellissements vinrent parachever l’œuvre entreprise : des serres furent ensuite construites et de nouvelles plantations effectuées ; une roseraie aux espèces rares est entretenue avec soin et un théâtre de verdure attire, à la bonne saison, de nombreux promeneurs. Un pont parabolique enjambe l’étang poissonneux, lieu de délassement pour les virtuoses de la canne à pêche et permet d’accéder par un raccourci, à la chapelle et à l’imposant dôme de pierre qui remplace la rotonde du belvédère et surplombe le flanc de coteau planté de sapins.

En 1958, l’Administration communale confia la gestion du domaine à une ASBL mais, en 1964, comme ce fut le cas en 1807, ce havre de paix fut à nouveau menacé par l'e manque d’eau, avec la suppression du canal et la construction de l’autoroute. Avec l’aide des Travaux Publics, une première solution fut trouvée en établissant un raccordement avec le canal de Ghlin mais la soif inextinguible des usines établies au « zoning industriel » allait bientôt tarir cette source. Ce fut enfin à l’IDEA que revint l’initiative d’alimenter les étangs en eau épurée.

Anobli sous le nom de « Defontaine » par AR du 27.5.1823 signé par Guillaume des Pays-Bas. Sa descendance, Sidonie Defontaine, épousa à Mons, le 25 avril 1832, Charles François Guillochin. 

Texte écrit par Arthur Caudron, il y a quelques années…

 

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