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Le temps des fosses

Non seulement le métier de charbonnier était dur en lui-même mais il fallait ajouter aux pénibles inondations saisonnières...

Non seulement le métier de charbonnier était dur en lui-même mais il fallait ajouter aux pénibles inondations saisonnières qui le rendait, en outre, des plus précaire, le passage périodique des troupes étrangères qui prenaient plaisir à incendier les travaux d’exhaure. Aussi disait-on vers 1700 « carboneux bribeux » (charbonniers pauvres diables).

Les bénéfices allaient aux officiers des seigneuries et aux marchands. L’expression « au carbonnier la paille, au marchand la ripaille » dit bien ce qu’elle veut dire.

Dans les actes anciens on retrouve souvent les noms d’exploitants de l’époque : Pierre Mourette, Gilles Thys, Colart Hoyois, Jean Massart (…)

Dès le tout début des fosses, les ouvriers s’enfonçaient de plusieurs dizaines de mètres au moyen d’échelles dont la solidité laissait souvent à désirer. Les malheureux arrivaient au fond dans une atmosphère suffocante ou dans un courant d’air glacial, l’eu putride suintait de partout. Et, en plus, l’obscurité…

Comment résister à un milieu aussi malsain ? Très vite, ils en subissaient les agressions douloureuses : affections de la peau, maladies de cœur, tuberculose et, déjà, la silicose.

Le charbon était remonté à l’aide de « cuffats », paniers suspendus à des cordes qui s’enroulaient autour d’un treuil actionné par des chevaux. Les travailleurs qui osaient y prendre place étaient victimes d’écorchures et de plaies qui s’infectaient rapidement, voire d’écrasement.

Avec les découvertes d’ordre techniques, on améliora certains aspects tels, l’éclairage, la ventilation, l’assèchement, le transport du combustible.

Progrès tout relatif encore car en 1848, le bourgmestre de Jemappes adressait une lettre au Gouverneur du Hainaut par laquelle il déplorait que les mineurs soient obligés de descendre par échelle jusqu’ 450 mètres et y remonter la journée finie.

Dans un même temps, les risques du travail augmentaient considérablement ; on abordait l’ère des grandes catastrophes dont l’énumération serait trop importante. Notons simplement qu’entre 1850 et 1900 il y a eu dans nos proches environs plus de cinquante coups de grisou qui ont fait 1384 morts.

A ces risques quotidiens d’accidents et de maladies, il faut ajouter les cruelles difficultés de vivre qui accablaient les mineurs ; signalons d’abord le chômage quasi endémique suite au manque de débouchés et de moyens de transport et la vétusté des installations ou leur destruction consécutives aux guerres et rivalités locales.

Quand ils en avaient les moyens, ils cultivaient de ravissants jardinets. L’esprit sociétaire avait aussi pour eux un attrait tout particulier. Les chorales et sociétés musicales qu’ils formaient portait au loin le renom de leur talent.

Périodiquement, des étapes spécialement joyeuses illuminaient la grisaille de leur existence. C’étaient les kermesses, les carnavals et autres divertissements populaires. L’une de ces embellies était la fête de leur patronne : « la Sainte-Barbe ».

En 1857, Jemappes fut le théâtre d'émeutes particulièrement violentes suite au vote de la « loi des couvents » par une chambre majoritairement catholique. Les opposants à la loi manifestaient alors violemment dans tout le pays (Bruxelles, Anvers, Gand, Liège), mais c'est à Jemappes que l'incident le plus grave eut lieu : les manifestants saccagèrent puis mirent le feu au couvent de frères de la doctrine chrétienne et les religieux durent s'enfuir pour échapper à la colère populaire.

Fin du XIXe siècle, les Jemappiens sont montés vers Mons avec des fourches pour protester contre le statut de l'ouvrier. Ils ont été reçus par la garde civique montoise à la hauteur du Pont-Canal, à proximité de l'actuel rond-point des Grands-Près. Fourches contre fusils, l'on comprend aisément qui a gagné... Cette émeute fratricide a donné son origine à la haine ancestrale des Jemappiens envers les Montois, estompée de nos jours avec les jeunes générations. 

fosses

Le 17 avril 1893 une colonne de manifestants progresse depuis Jemappes vers Mons. À la hauteur du lieu-dit Pont-Canal (où s'éleva longtemps la maternité du même nom), quelques compagnies de la Garde civique barrent le passage. Celle-ci tire alors sur la foule des manifestants. On relève sept morts et de nombreux blessés (…)

 

Les borains (venant de Jemappes) tués par la Garde civique de Mons le 17 avril 1893

(Le Petit Journal, mai 1893)

 

 

 

Sources : Maurice Flamecourt Ouvrage personnel de recherches (non édité)

M.G. Jouret « Histoire de Mons et du pays de Mons (les origines)»

Imprimerie provinciale

Alain Audin et Charles Cambier « Au pays de la Haine »

Histoire, légendes et figures des bourgs du couchant de Mons

(Document consultable à la bibliothèque)

Site web de la Ville de Mons

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