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La vie des jemappiens

De quoi et comment vivait-on à Jemappes autrefois ?

Nous savons que notre région possédait, à une certaine époque, une formidable réserve d’énergie : le charbon. Le Couchant de Mons a produit, en 1838, l’incroyable masse de 1.800.000 tonnes de houille alors que l’arrondissement de Charleroi n’atteignait que 720 tonnes.

Cela devait logiquement apporter à la laborieuse population un haut standing de bien-être et de luxe. Hélas, il en était tout autrement ; salaire insuffisant, faits de guerre, inondations, rivalités entre concessionnaires, etc. tout cela allait au détriment des travailleurs.

L’objectivité impose également de constater une certaine responsabilité au sein même de la classe ouvrière. Le docteur Louis Descamps de Jemappes, médecin et maître charbonnier, écrivait en 1800 :

« Dans le temps où les exploitations fleurissaient, le houilleur gagnait au-delà de ses besoins journaliers mais il ne faisait jamais d’épargne : le superflu se consommait à boire (…) Dès que l’enfant devenait ouvrier, il faisait ses délices du tabac à fumer (…) on le voyait rarement sans avoir une pipe en bouche. Cependant la majeure partie jouissait d’une santé vigoureuse et d’une force athlétique. »

Dans quelle mesure ces renseignements doivent-ils être tenus comme véritables ?

D’après un article de monsieur Visée, dans le journal « la Province » de juillet 1935, les habitants de Jemappes étaient plus calmes, plus paisibles que ceux des localités voisines. Les professions y étaient variées et les habitants correspondaient aux divers niveaux de travail. Il en était de même pour le langage et le comportement.

Jemappes dans les années 1800-1850 est une commune prospère, bien reliée à l’ensemble du pays par la route, le rail et le canal. Le bas du village est bien peuplé, les rues se tracent les unes après les autres.

Les plus anciennes entourent l’église ou partent de la grand’ route. Il y a la rue de la Régence (rue Docteur Liénard), la rue de la Motte (rue Mac Donald), la rue à l’eau (rue du Marché) où se trouvait la principale fontaine des environs. La grand ’rue devint très vite la rue commerçante du village. La rue de l’Heaume, (cour Picry) où se faisaient les relais des chevaux de poste.

La place de Jéricho devint un centre très attractif car c’est là qu’aboutissaient les principaux « pavés » des charbonnages amenant la houille aux quais d’embarquement. Citons le « pavé » de l’Hurtebise (avenue du Champ de Bataille et rue Clémenceau) et la « Voie des Brimbeurs » (rue Lloyd George).

Le chemin de fer de l’Etat, établi en 1842, ajouta un plus aux voies de communication fluviales. C’est ainsi que notre cité fut rapidement dotée de manufactures importantes pour l’époque et que la population s’accrût régulièrement.

En 1750, il y avait 1500 jemappiens et 2000 en 1792. En 1830, Jemappes comptait près de 5000 âmes.

Ces chiffres n’étaient que le prélude au développement qu’allait provoquer l’implantation industrielle.

En 1828, Flénu comptait vingt puits de charbonnage et on dénombrait sur Jemappes huit forges, deux carrières de pierre à chaux, une raffinerie de sel, quatre moulins, cinq brasseries, une tonnerie.

Un aspect du Jemappes ancien est constitué de son caractère agricole.

En 1875, Jemappes comptait environ 11.000 habitants, disposant de terres cultivables et beaucoup possédaient de vastes prairies dans les communes voisines.

Des documents de 1830 signalent qu’il existait chez nous une belle et grande pépinière. Ils insistent sur l’abondance de terres adaptés aux plantes fourragères qui favorisait l’élevage d’un bétail renommé. Jemappes a compté jusqu’à sept granges dans la rue de la Station et de vastes fermes jusqu’aux abords de la grand ’place.

En résumé, Jemappes fut une commune agricole jusqu’à la seconde moitié du 19e siècle.

Evoquons quelques fermes :

Pratiquement en face de l’église, la ferme de Maurice Lardinois dont la fondation remonte à 1482. Selon les époques, elle a été désignée par divers noms populaires : Cinse Labie, Cinse Griboulle, Cinse Gus d’Herbaut. Cette tradition d’ajouter un « surnom, un sobriquet » aux familles avait le mérite d’entretenir des liens de simplicité.

Le nom de « Cinse Labie » signifiait « ferme de l’abbaye » ; elle était en effet la propriété de l’abbaye de Saint-Ghislain et les exploitants en étaient les locataires ou gérants.

La date et les circonstances de son appellation de « Cinse Griboulle » ne sont pas connues.

A la fin du 19e siècle, la ferme est travaillée par Gustave Lecomte de Jemappes et son épouse Désirée Hachez, de Masnuy-Saint-Jean.

On sait que l’emplacement de la ferme était déjà à cette époque ce qu’il est encore aujourd’hui mais les fermiers exploitaient de grandes étendues sur Flénu, à la limite de Frameries et étaient propriétaires de ces biens.

Vers 1900, le domaine fut occupé, à titre locatif, par Gustave Dupré, dit « Gus d’Herbaut » et son épouse Félicie Druart de Jemappes. Les Epoux Dupré-Druart, eurent une fille, Marie, qui épousa Vital Lardinois.

Le jeune couple fonda une installation nouvelle à la rue de Ghlin sous le nom de « Cinse Labbé », qui fut la première maison incendiée par les Allemands en 1914.

C’est rue Aux Vignes que se trouvait la ferme de Théophile Timmerman, ou « Cinse Tchofil » ou encore « Cinse Frérot » La date de ses débuts est également étonnante : 1504.

Rue Neuve (rue Docteur Jacquerie) se trouve la ferme de monsieur Lecocq, mieux connue sous le surnom de « Cinse Mansart » laquelle possédait aussi une grange impressionnante à la grand ’rue, entre la poste et la rue du Marché.

A la rue de l’Heaume, à proximité de la statue du Roi Albert, se situait « Ell Cinse Djilot » ou « Cinse Irma », spécialisée dans la fabrication du beurre et du fromage.

De l’autre côté de la route, en direction de Mons, se trouvait la ferme dite « Nan-Nan-Grand-Stienne », propriété de la famille Denis, spécialisée en cultures maraîchères et potagères. « Nan-nan » est le diminutif de Ferdinand ; « Tierne » ou « Stienne » désignait la troisième partie d’une terre qui devait être partagée par voie d’héritage, dont la mauvaise qualité le lui attribuait que la troisième position. Un « Tierne » était le plus souvent un terrain pauvre caillouteux et en pente. Songeons au « Tierne Saint-Hubert » qui se trouvait dans le voisinage de la ferme Denis.

Une ferme proche, portant le nom pittoresque de « Cinse-Pette-de-feu », ainsi désignée à cause des étincelles provoquées par les fers des fougueux chevaux au démarrage.

Un peu plus loin que la pont Beumier, nous trouvons la ferme d’Odon Duez, connue autrefois sous le nom de « Cinse Hélègne ».

La ferme Duez, située rue de Jéricho.

Sur la place de Jéricho, la « Cinse Debersé » dirigée par Gustave Debersé, bourgmestre de Jemappes. A l’angle de la rue de l’Industrie et de la rue des Préelles se trouvait la maison occupée par son frère Jules, marchand de moutons. On les surnommait les « infants du bergie ».

Sur cette même place, il y avait la ferme Demesse dont la principale spécialité était la préparation de graines et semences.

La crise du blé de 1910 obligea nos fermiers à exercer une seconde profession : celle qui consistait à transporter les produits de la ferme à domicile mais aussi celle de « querreton » à savoir le transport du charbon à domicile.

Tous ces transports étaient pratiquement tous hippomobiles d’où l’importance de l’élevage des chevaux à cette époque. C’est ainsi que des éleveurs locaux obtinrent une race chevaline particulièrement robuste, semblable à celle des Ardennes : le bourrin.

 Sources: Flamecourt

 

 

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