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Les fiefs

Or donc il advint que les comtes de Hainaut éprouvèrent de cruels besoins d’argent...

Or donc il advint que les comtes de Hainaut éprouvèrent de cruels besoins d’argent ; la vie du château et les guerres quasi permanentes vidaient désespérément les caisses. Ils furent ainsi amenés à vendre ou à céder une partie de leurs terres, ce qui donna naissance aux « fiefs ».

 

Jemappes comptait quatre fiefs :

 Le fief de Dormon :

Qui devait s’étendre sur le Campiau et probablement aussi sur Flénu. Son histoire se perd dans la nuit des temps. L’un des propriétaires (le premier ?) fut messire Coussement de Dormon, seigneur de Jemappes. Ce bien fut acquis par Jean-Baptiste Descamps, en 1789, juste avant la révolution française.

Certains chercheurs estiment que le « château » se trouvait à l’emplacement actuel du temple protestant. La grande route n’existait pas encore ; cette demeure se fut ainsi trouvée en pleine nature, face à la rivière mais néanmoins en dehors de zones inondables. Devant la propriété, il devait peut-être y avoir le tracé de l’actuelle rue Borette dont le nom serait en fait la contraction de « bordurette » petite rue en bordure du village.

Le douaire de Saint-Ghislain :

Ce deuxième fief jemappien pose question quant à son nom. Il faut entendre par « douaire » un bien fermier dont le possesseur était décédé et sur lequel l’épouse survivante exerçait des droits ayant fait l’objet de convention.

Il s’agissait d’un domaine dépendant d’une douairière, soit originaire de Saint-Ghislain, soit habitant cette ville. Il n’est pas exclu que ce soit un bien reçu de l’abbaye de Saint-Ghislain auquel le bénéficiaire aurait maintenu l’appellation d’origine.

Considérant la position des autres fiefs, on pourrait déduire que ce domaine se situait sur les hauteurs du village, du côté de Cuesmes.

 Le fief de Jéricho : 

Son territoire ressemblait vaguement à un quadrilatère délimité par les actuelles rues du Marche, Général Leman, G. Clémenceau, place et rue de Jéricho.

C’était une seigneurie " ample ", ne devant au suzerain que des redevances bien précisées et, en aucune manière, l'ost (service armé) ou la chevauchie (assistance en cas de malheur ou de guerre) redevables par le tenant d'un fief dit « lige » , ou léger.

Le contrat-redevance du seigneur de Jéricho ne lui imposait pas grand-chose, juste une petite rente de neuf muids (ancienne mesure de capacité dont la valeur variait selon les pays), quinze chapons, nonante pains d'un denier blanc, et huit sols blancs coursables…Le suzerain qui avait accordé le fief ne ressemblait donc pas beaucoup au Régnier de la légende. Il ne s'en trouvera pas plus mal, puisqu'en signe de reconnaissance, le sire de Jéricho viendra, sans aucune obligation, l'aider plus d'une fois.

Le fief de Jéricho comprenait les petits fiefs dits " Le Leup " et de " Le Court ", tous deux détachés de la Mairie héritable.

Le premier propriétaire de droit serait de Henris dit de Gemappes.

En 1314, la famille « de Masnuy » en fit l’acquisition pour le céder en 181 à Jean-Charles de Jéricho et à son épouse Jeanne Bierhaut, tous deux de Jemappes. (Acte des comptes de Sainte-Waudru).

En 1617, les de Masnuy vendront Jéricho aux « de Fourneau », seigneurs de Bagenrieux en Jéricho.

La propriété fut acquise en 1473 par un capitaine de la garnison de Mons, Gilles Vinchant, qui l’occupa, ainsi que ses descendants, pendant près d’un siècle et demi.

Le 8 janvier 1687, le fief fut vendu à un médecin athois, Philippe (ou Philibert) le Louchier, originaire d'Ath. Le fief s’appela désormais « Le Louchier de Jéricho ». Les « le Louchier » le tiendront jusqu'à la bataille de Jemappes.

Le dernier seigneur, Rodolphe François, possède sa pierre tombale en l'église de Baudour. Celui-ci fit carrière au régiment d'Arberg, ces troupes wallonnes qui servaient la Maison Impériale d'Autriche. Il finit général major en …1789.

Le fief de la Motte :

La seigneurie la plus importante, après Jéricho, est celle de « la Motte », aussi appelée de l'Avouerie. Certains bâtiments ont survécu à l'angle des artères Mac Donald et François André, dont le château est devenu, l'actuelle croix verte. Là, durant la guerre 14-18, se distribuait la soupe populaire.

Initialement, semble-t-il, Jéricho et la Motte eurent les mêmes fondateurs : Henris de Gemappes et la famille de Masnuy ; c’est vers la fin du 14e siècle que se fit la séparation. Une parcelle du terrain initial fut achetée par le seigneur d’Havré qui en fit don à son fils batard, Jacques, dit de la Motte. Cette appellation subsista à travers le temps malgré les changements de propriétaires.

Il passe ensuite aux « de la Croix », aux « de Hellefaut », aux « de Dessus le Moustier »pour arriver, en 1702, dans l'escarcelle de Jean Marin, receveur des aides de Hainaut.

Désiré Marin, qui l’hérite en 1790 sera le dernier seigneur de la Motte. En 1823, un document du gouvernement des Pays Bas autorise la commune de Jemappes à passer contrat avec les frères et sœurs Aigle pour l'achat du pont dit de la Motte, qui se trouvait sur la trouille, au chemin de Ghlin.

Le quartier couvert par ce fief était remarquablement vivant et animé, desservi par une voirie particulièrement dense. Il y avait la rue de la Motte (rue mac Donald) la rue à Vignes, la ruelle Gravelle (rue des Représentants), la ruelle à Charrettes (rue Basse Bise). Si l’on tient compte du Pavé des Postes (rue du Marché) avec son pont massif et robuste, cela représente cinq voies d’accès au village de Jemappes.

Non loin de là, mais probablement en dehors du fief, on pouvait admirer la propriété du marquis Recq de Malzinnes dont on ne sait pas grand-chose sinon que son existence est antérieur à la révolution française.

On trouvait encore le fief Pouillart, qui d'après les textes de 1410-1411, consistait en quatre bonniers de bonnes terres labourables, en plusieurs pièces. Valeur par an : cinq muids de blé…Ce fief était enclavé dans celui de Jéricho, dont il semble avoir résulté en une cession de père à fils.

Le premier feudataire, Pierart Cloquette, l'avait acquis en 1385 de Guillaume de Masnuy. On eut ensuite les Pouillart, et en 1780, Alexis de Sales de Vinchant, seigneur d'Orpignies.

Le fief de Le Court en Jéricho, appartenait en 1787 à Joseph Brihay et celui du Leup, acheté en dernier fief s'en alla, en 1787 dans les mains de Jean-François Goffin, machiniste à Jemappes, qui en fit relief aux héritiers de Demoiselle Marie Joséphine Baudouine de Blois, née Vicomtesse d'Arondeau.


 

Sources : Maurice Flamecourt  Ouvrage personnel de recherches (non édité)

Alain Audin et Charles Cambier « Au pays de la Haine »

Histoire, légendes et figures des bourgs du couchant de Mons

(Document consultable à la bibliothèque)

 

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