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La bataille de Jemmapes

Le jour où les soldats d’un peuple battirent une armée de mercenaires.

DUMOURIEZ Charles François du Périer, dit du Périer du Mourier puis Dumouriez (Cambrai, 25 janvier 1739; Turville-Park, Buckinghamshire, Angleterre, 14 mars 1823).

Charles François Duperrier est né le 25 janvier 1739, à Cambrai, dans une ancienne famille parlementaire de Provence ; mais, il se disait noble et se faisait appeler : « Duperrier du Mouriez ». Son père est commissaire des guerres au régiment d’Escars-Cavalerie et l’a poussé, très tôt, vers la carrière des armes.

Il s’engage à 18 ans, comme cornette d’infanterie dans le régiment de son père, et devient, en 1761, capitaine de cavalerie en combattant courageusement durant la guerre de Sept Ans (il a reçu vingt-deux blessures au cours de la guerre).

Il est finalement réformé après la paix de Paris de 1763 avec une pension de 600 livres, qui ne lui a été jamais versée, et la croix de Saint-Louis.

Sans emploi, il parvient, peu après, à entrer dans la diplomatie secrète de Louis XV, et est chargé par le duc de Choiseul de différentes missions qui l’ont menées en Corse, en Espagne, au Portugal, en Pologne ou encore en Suède ; mais, accusé d’avoir détourné de l’argent à son profit, il est embastillé pendant 6 mois. Libéré lors de l’avènement de Louis XVI (1774), il se marie et obtient de sa belle-famille le poste de directeur des travaux du port de Cherbourg, en 1778.

Mais, il reprend la carrière militaire et est nommé brigadier en 1787, maréchal de camp, en 1788 puis commandant la garde nationale de Cherbourg. Lorsque la Révolution éclate en 1789, il contracte son nom en « Dumouriez » et présente des idées révolutionnaires rares pour un officier général.

Il est envoyé en Vendée en 1791 et, en février 1792, il est nommé lieutenant général par ancienneté. Le 10 mars, imposé au roi par le duc d’Orléans et les Girondins, il est ministre des Affaires Étrangères, puis quelques temps ministre de la Guerre.

Il fait alors signer au roi la déclaration de guerre contre l’Autriche, mais démissionne le 15 juin après le renvoi de ses collègues Girondins (13 juin) et après avoir vainement demandé au roi de ne pas utiliser son veto au sujet de la déportation des prêtres réfractaires.

A la chute de la monarchie et au passage à l’ennemi du général Lafayette, Dumouriez prend le commandement de l’armée du Nord, du 18 août au 28 septembre. Il n’a à opposer au duc de Brunswick, fort de 60,000 hommes, qu’environ 28,000 hommes.

Début septembre, il réussit à prendre Verdun et s’empare des défilés de l’Argonne, seul moyen d’arrêter leur marche, et qu‘il appelle, dans une lettre datée du 4 septembre : « les Thermopyles de la France ».

L’armée prussienne est ainsi retardée, ce qui a donné le temps aux généraux Kellermann (27,000 hommes) et Beurnonville (10,000 hommes) de le rejoindre le 19 septembre. Le lendemain, Dumouriez attaque les Prussiens à Valmy et les force à la retraite.

Après la victoire, il obtient, par des tractations, le départ du duc de Brunswick et laisse l’ennemi, en déroute, se retirer, sans chercher à le détruire ; il attire ainsi sur lui les suspicions de Marat qui voit en lui un ennemi de la République.

Désormais, Dumouriez veut envahir la Belgique pour en chasser les Autrichiens : la Convention lui donne raison. Il reprend alors son poste de général en chef de l’armée du Nord pour l’expédition de Belgique (du 20 octobre au 25 novembre) et dispose de 40,000 hommes ainsi que de deux armées ayant, à peu près, 20,000 hommes chacune commandées par les généraux Valence et Labourdonnaye.

Les ennemis, commandés par le duc Albert de Saxe-Teschen, ne disposent que de 14,000 hommes mais attendent le renfort de Clerfayt, fort de 12,000 hommes. La bataille s’engage le 6 novembre, à 7 heures du matin, près de la ville de Mons, à Jemmapes.

Les Autrichiens ont disposé des redoutes sur le flanc de la colline ce qui a empêché le centre et la droite d‘avancer durant la première moitié de la journée.

En revanche, la gauche française, sous les ordres du général Ferrand de la Caussade, réussit à gravir les hauteurs avec six bataillons et enfonce le flanc droit de l’ennemi : il est midi.

Aussitôt, le centre français reprend l’offensive mais est de nouveau repoussé ; après un court moment d’indécision, le duc de Chartres relance ses brigades contre le centre autrichien et le culbute sur Mons.

Malheureusement, la droite, dirigée par le général Beurnonville, est toujours bloquée. Dumouriez, comprenant la situation, s’y porte et leur crie : « A votre tour, mes enfants ! ». Beurnonville lance l’attaque, accompagné de Dumouriez, au chant de la Marseillaise : victoire !

Toutes les redoutes Autrichiennes avaient été emportées à la baïonnette.

Les Autrichiens ordonnent la retraite, laissant sur le champ de bataille 4500 tués ou blessés, 1500 prisonniers et 13 canons. L’historien Français du 19eme siècle Albert Chuquet dira à propos de Jemmapes : «  Valmy n’était qu’un combat de postes, Jemmapes fut une affaire générale, la première bataille mémorable que la France eu livré depuis longtemps et comme le Rocroi de la République. »

Les pertes françaises sont, à peu près, équivalentes. L’ennemi, surpris du résultat de la bataille, évacue la Belgique sans la défendre. Dumouriez entre à Mons le 11 novembre, le 15 à Bruxelles et le 28 à Liège. Ostende, Bruges, Gand et Anvers ont été prises le 30 et Charleroi, Namur, le 2 décembre : la Belgique est conquise et souhaite se constituer en République indépendante.

De retour à Paris, il est acclamé par les Girondins le 29 décembre. Le 26 janvier 1793, il quitte Paris et arrive à Amiens où il apprend la rupture de l‘Angleterre avec la France.

Dumouriez retourne à l’armée du Nord (du 2 février au 9 mars) et veut organiser la Belgique en République indépendante, mais la Convention en a voulu autrement en imposant des instructions abusives : la population belge se révolte alors contre nos soldats.

Dumouriez repart aussitôt pour Paris dans l’intention de se plaindre aux conventionnels et demander des pouvoirs étendus. Il est très mal reçu et décide donc de revenir en Belgique avec la ferme intention d’envahir la Hollande.

Il entre en territoire ennemi le 16 février et remporte, à la tête de 13,500 hommes, mal équipés, divers succès (prise de Breda, le 25 février), mais, il est rappelé en arrière par de mauvaises nouvelles : les troupes du prince de Saxe-Cobourg vont de victoires en victoires en Belgique (reprise d’Aix-la-Chapelle, de liège) et cette dernière est sur le point de se soulever. De retour à Bruxelles, Dumouriez est accueilli avec enthousiasme par une armée démoralisée.

Le 12 mars, il envoie à la Convention une lettre méprisante qui ressemble à une déclaration de guerre où il blâme les abus commis dans les régions conquises. Deux commissaires politique, Danton et Delacroix, lui sont envoyés avec ordre si nécessaire de le destituer et de l‘arrêter.

En réalité, Dumouriez semble poursuivre des visées personnelles. Songe-t-il alors, avec Danton, à offrir le trône au duc de Chartres, fils du duc d’Orléans ? Sans doute désire-t-il surtout créer en Belgique et en Hollande une principauté dont il prendrait la tête.

Dumouriez, se sachant de toute façon suspect, cherche alors une victoire avant de marcher sur Paris pour dissoudre l’Assemblée. Le 18 mars 1793, il attaque les Autrichiens à Neerwinden. Les Français ont été un instant vainqueur, mais la gauche cède : Dumouriez ordonne la retraite.

Durant la déroute, un boulet autrichien est venu s’abattre sur son cheval, le faisant tomber à terre et créant ainsi un moment de panique. Il est également battu à Louvain, le 21. Cependant, Dumouriez a négocié avec son vainqueur, le prince de Cobourg, lui promettant d’évacuer la Belgique si celui-ci, en retour, ne marche pas sur Paris.

La Convention, soupçonnant ses négociations, envoie aussitôt trois émissaires qui découvrent ces tractations. Atterrée, cette dernière lui envoie quatre commissaires et le ministre de la Guerre Beurnonville, avec mission de ramener le traître de gré ou de force.

Le 2 avril, Dumouriez voit arriver, à son quartier général (au bourg de Saint-Amand), les 4 commissaires Camus, Lamarque, Bancal et Quinette accompagnés de Beurnonville. Ces derniers le trouvent entouré de son état-major ; Dumouriez leur demande alors quelle est leur mission.

Ceux-ci refusent de s’expliquer devant un aussi grand nombre d’officiers et demandent à passer dans une pièce voisine. Dumouriez y consentit, mais les officiers ont exigé que la porte reste ouverte.

Camus lui lit alors la comparution devant la barre de la Convention. Dumouriez répond qu’il ne peut pas quitter son armée dans l’état de désorganisation où elle se trouve.

Camus déclare alors que l’ordre est impératif. Et Dumouriez de rétorquer qu’il n’est pas assez sot pour se livrer lui-même aux tigres qui brûlent de l‘immoler à Paris.

Puis, il rejoint les officiers de son état-major en compagnie de Beurnonville ; les commissaires les suivront peu après et insisteront : « Voulez-vous obéir à la Convention ? » dit Camus. «  Non. » «  Eh bien ! Vous êtes suspendus de vos fonctions, vos papiers vont être saisis et votre personne est arrêtée. » «  C’est trop fort, s’écrie Dumouriez ; à moi ! Hussards ! »

Les hussards de Berchiny se présentent alors : « Arrêtez ces hommes-là ! », leur dit-il en allemand. Beurnonville demande à partager le sort des députés. « Oui, répond Dumouriez, je vous rends un service ; je vous sauve du tribunal révolutionnaire. »

Puis, après avoir offert quelques aliments à ses prisonniers, il les envoie à Tournay, quartier général des Autrichiens. Dumouriez tente alors de soulever l’armée en sa faveur pour libérer la forteresse de Condé et la livrer aux Autrichiens.

Ses soldats ne le suivent pas et il est déclaré traître à la patrie le 3 avril. Il se rend le 5 aux Autrichiens, escorté de son aide de camp, le duc de Chartres.

Cette trahison a contribué à discréditer les Girondins et à précipiter leur chute. Il quitte finalement le camp autrichien pour se rendre en Franconie où il est très mal reçu par l’électeur de Cologne ; puis, part à Stuttgart où il n‘est pas mieux accueilli ; puis, s’établit successivement en Suisse, en Italie et en Angleterre, sous un autre nom et où tout séjour lui était interdit dès qu’il était reconnu.

En 1800, il part pour la Russie où il propose ses services au tsar Paul 1er. Mais, il doit partir lorsque ce dernier se prononce pour la France et contre l’Angleterre. Depuis 1800, il vit d’une pension considérable que lui verse l’Angleterre en échange de quelques conseils.

Il se lie avec le général Pichegru lors du complot de Cadoudal (c’est très certainement Dumouriez que la police consulaire cherchait lors du raid qui coûta la vie au duc d’Enghien).

En 1807, il fréquente le roi de Suède Gustave IV et il a même était question qu’il commande l’armée suédoise, mais la paix de Tilsitt le force à retourner en Angleterre.

En 1808, il offre ses services au Portugal, menacé par la France, et parcourt l’Espagne aux côtés des guérilleros espagnols et il leur écrit un manuel, Pardidas de guerillas.

De 1812 à 1814, il conseille le duc de Wellington au sujet de la guerre d’Espagne et en 1813, il intrigue avec Bernadotte et Moreau.

A la fin de l’Empire, les Bourbons lui ont refusé de rentrer en France et il doit rester en Angleterre où il continue à recevoir une pension de 1,200 livres sterling.

En mars 1822, il quitte sa résidence de Little-Ealing et part habiter à Turville-Park, dans le comté de Buckingham. Il meurt le 14 mars 1823, oublié de tous. Ses restes sont déposés dans l’église de Henley.

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