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Où furent inhumés les morts de la bataille de Jemappes ?

En août 1849, un alerte quinquagénaire arrivé en train à Mons venait visiter Jemappes, Cuesmes, Frameries...

En août 1849, un alerte quinquagénaire arrivé en train à Mons venait visiter Jemappes, Cuesmes, Frameries, Elouges, Thulin et Quaregnon, à la recherche de traces de la fameuse bataille de 1792. C’était Jules Michelet, le grand historien, depuis lors très discuté. Michelet, dans ses notes tristes, constata qu'il n'y avait dans le Borinage pas un seul cimetière pour les morts de la bataille gagnée par Dumourier, ni le moindre monument. Et c'est exact. On se demande où purent être inhumés les centaines, les milliers de tués pendant la bataille. On n'en sait RIEN.

Les petits cimetières locaux, autour des églises paroissiales, auraient été submergés. Force nous est d'admettre, et c'est l'évidence, que les morts furent empilés dans des fosses communes en divers endroits, sur le lieu même de la bataille. Mais où ?

Aucune tradition ne nous est restée, comme si les habitants de l'époque avaient voulu effacer ce souvenir de la mémoire.... 

Par tradition orale, je sais qu'au lieu-dit "le Brûlé", là où le Borinage joua pour la première fois un match de football il y avait, fin 1792, un tertre mouvant sous lequel on avait entassé des dizaines de corps d'Autrichiens et de Français tués pendant la conquête de la "Courbelette", la rue Courbelette actuelle, alors bastion sur le rie de Wasmes. Sur ce tas énorme, les gamins aimaient aller danser. Ce détail, de nos jours considéré comme inconvenant, odieux ne doit pourtant pas nous émouvoir. A l’époque les jeunes prenaient un amusement où ils le trouvaient. Par ailleurs, rien ne prouve, à part les écrits des Jacobins des villes, que, réellement, nos villageois voyaient dans les Français, pas plus que dans les Autrichiens d'ailleurs, des amis. Jusqu'en 1830, une troupe qui occupait une région s'y conduisait en maître, pillait et volait pour se nourrir, et, si un habitant refusait de donner ses provisions, on le tuait froidement. C'était la loi de l'époque et si elle nous paraît incroyable, c'est parce que nous avons trop tendance à ne penser qu'à nous, à ne plus voir que par notre mentalité.

En août 1914, les troupes du Keiser et en 1870 les Prussiens firent de même. Ils étaient alors les ennemis de la France, et cela seul nous choqua. En 1792, Dumourier avait fait de la même façon vivre ses hommes sur l'habitant et c'était alors normal, habituel, donc "attendu" par les victimes. Si la région de Jemappes n'avait gardé aucun souvenir de la bataille jusqu'en 1911, c'est parce qu'elle n'avait pas eu jusqu' alors de raison de se réjouir de cet évènement. On croit que l’arrivée des Français a mis fin au régime despotique. Partout on l’écrit. Des registres mentionnent le paiement de fermages pour les terres de l’abbaye de Saint-Ghislain. Chaque terre, chaque champ fait l’objet d'une page sur ces registres en papier vélin : les fermages ont été payés au 30 novembre de chaque année jusqu'en 1797! Cinq ans après Jemappes qu'on nous représente toujours comme la Journée de la Libération. En 1911, il s’agissait de faire de Jemappes un symbole de l’amitié entre la Wallonie et la France, contre le Germanisme. Parfait ! L'Allemand, dans sa lourdeur, renversa le coq en août 14. C'était donner une occasion magnifique de changer la signification du monument. Le coq de 1911, dirigé contre l 'Autriche, n'évoquait plus rien chez personne.Après 14-18, farouche devant l’Allemagne, il était tout ! On dit que les nazis, en 1940, n'osèrent pas dynamiter le monument si arrogant pour eux. Surent-ils même la signification de ce Coq ? Sans rexistes ils ne savaient rien. Mais il est excact qu'il fut question de dynamiter le coq le 28 octobre 1940. J’ignore qui put empêcher cette sotte entreprise, mais on n'en reparla jamais plus, heureusement...."

 Les morts de la bataille reposent sous la cité de la Morette.

Lettre de Monsieur Georges Mahieu, avenue de la Faïencerie à Jemappes et qui à l'immense mérite de répondre, de résoudre sinon totalement, du moins partiellement une énigme que nous savions posée "Où sont inhumés les Morts de la bataille de Jemappes ? Monsieur Mahieu le sait, car il a retrouvé et exploré un charnier. Sa missive est très longue, quatre pages manuscrites, mais sa longueur n'a d'égale que sa captivante importance. Après avoir succinctement résumé les premières phases de l’attaque pour rappeler qu’en fait la principale action, la décisive, fut la diversion des volontaires wallons à travers les marais par le nord, M. Mahieu nous précise que les troupes autrichiennes étaient massées à l' abri des boulets dans des espèces de dépressions, au nombre de trois, descendant des bois de Flénu vers le pavé de Valenciennes. Ces dépressions étaient appelées par les vieux d’alors des "cavails", nom encore employé par certains pour désigner actuellement ces lieux. Ce nom a pour équivalent français "ravin". 

Le premier de ces cavails ou ravins, parallèle à la ligne de défense du Campiau, se trouvait- il a été comblé depuis et on y a construit des habitations - le long de la rue et de la voie du moulin (il y aurait eu paraît-il un moulin à vent en haut de cette rue et qui aurait servi de poste d’observation aux Autrichiens) ...." De plus cette information nous confirme dans notre examen et nos conclusions, concernant la reproduction ici qu'il s'agit bien là du moulin de Frameries, utilisé comme observatoire par les Français. "... Le bas de ce ravin débouchait à l' endroit actuellement appelé "place de l’attaque".

Le second ravin, parallèle au premier et situé trois cents mètres en arrière vers le sud-est, était encore nettement visible en 1923, et même partiellement encore de nos jour derrière le cimetière de Jemappes.

Le troisième ravin, comme les autres d'ailleurs, avait le flanc sud-ouest constitué de sable, sous une couche supérieure d’environ cinquante centimètre de terre arable. Lors de l’exploitation de cette sablière, on découvrait dans la masse de ce ravin des ossements, des squelettes qui s’effritaient sous l’escoupe, cela prouve qu'il s'agit bien de morts anciens et non pas d’éventuels tués d’août 1914, comme certains détracteurs pourraient éventuellement l’insinuer.

Certains squelettes portaient encore des lambeaux d’uniformes, d'étoffe du moins, avec des boutons de cuivre pleins de vert-de-gris, baïonnettes cylindriques, boulets en fonte. La conclusion est que les morts du champ de bataille furent placés en fosses communes, dans ces ravins le long du talus de sable que l'on faisait simplement s'ébouler sur eux. Les ossements découverts furent progressivement enfouis à nouveau au fur et à mesure sous les couches de terre ou de sable non commercial. Cet endroit a depuis longtemps été égalisé et la cité de la Morette a été bâtie sur cet emplacement.

 

Sources : André Depasse, Jemappes 1792-1992

« Les morts de la bataille »

« Le vide autour de leur mémoire »

 

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