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Gilbert Cattelain: mémoire boraine

LA JEUNESSE BORAINE DANS LA RESISTANCE.

AVRIL 1942 - OCTOBRE 1944

Gilbert Cattelain.jpgCes articles ont été rédigés sur appel à témoignage de la presse locale et de différentes associations patriotiques de la région en 1994, année du 50ème anniversaire de la Libération du Territoire.

  1. COMMENT NAQUIT ET DISPARUT UN GROUPE DE TOUT JEUNES RESISTANTS BORAINS.

 Agent de la Cellule13 du Rassemblement National de la Jeunesse-J.G.S. unifiée(1942) Membre de la 453ème Cie du Refuge A.60 de l'Armée Secrète (1943) Résistant Armé du Groupe Nola-SRA (1944) Nous sommes au début du printemps de 1942. Aux anciennes usines Canon-Legrand de Jemappes, commune très industrialisée à l'époque, on travaille pour l'économie allemande comme partout en territoire occupé.Les directeurs s'énervent. Le personnel de maîtrise pèsera de toute son autorité pour freiner les actes de sabotage. La petite cellule C.L. va donc rechercher d'autres moyens de lutte. Entre-temps, elle augmentera son effectif, le faisant passer à une grosse cinquantaine d'unités. Elle arrivera aussi à organiser la diffusion de tracts, de pamphlets, de petits " journaux " patriotiques.Arrive octobre 1942, et ce sont les premiers départs de requis au travail en Allemagne parmi les ouvriers de Canon-Legrand. On va donc se tourner vers des plus jeunes, au bout d'une observation prolongée du comportement des intéressés. Ainsi, patiemment, allons-nous recomposer notre équipe d'adolescents prêts à se jeter toujours davantage dans la bataille avec un même idéal de droiture et le contrôle de l'émotion face au danger pour la plupart.Janvier 1943, nouvelles désignations au S.T.O. Cette fois, le cerveau même de l'organisation est atteint. Il prendra le maquis, mais sera finalement arrêté et déporté. Il ne parviendra pas, auparavant, à nous rattacher à une autorité nationale clandestine. Peut-être à cause d'embûches d'ordre politique ? Peut-être aussi à la suite de désaccord trouvant son origine dans la définition des hiérarchies. Quoi qu'il en soit, chacun gardera envers Marius CAUVAIN (Boussu) une profonde gratitude. Nous n'aurons jamais, non plus, aucune mission en commun avec les autres membres de ce Refuge, d'où un seul contact, O. NOEL, par qui vont transiter les instructions. Canon-Legrand fabrique maintenant du matériel destiné directement à l'armée allemande : chariots pour le déplacement de torpilles et d'obus de gros calibre à destination du " Mur de l'Atlantique " ; bennes basculantes pour les travaux d'ouvrages fortifiés de là-bas ; pieux et chevaux de frises métalliques… On vient de dénicher une source d'approvisionnement en dynamite qui pourrait- c'est à l'étude -réduire cette usine à l'arrêt pour un bon bout de temps après l'explosion des installations distribuant l'énergie électrique à l'ensemble des machines. Simultanément, notre système de propagande se développe en assurant une distribution de plus en plus fréquente de tracts, d'affichettes, de fiches signalétiques d'individus suspects ou dangereux, de journaux dont " La Voix des Belges ". A qui donc s'adresser ? Et si, d'aventure, les noms de quelques-uns étaient suggérés, où les rencontrer dès lors qu'on apprenait qu'ils avaient pris le maquis ? Chaque jeune redevint par conséquent libre de prendre les dispositions qui lui paraissaient les plus appropriées. D'autres se réservèrent de s'engager dans des unités que l'armée belge ne pouvait manquer de former à la libération du territoire. (*) Etat-Major A.50.(*)Un lien puissant d'amitié unissait les deux hommes.

Plusieurs, découragés, abandonnèrent purement et simplement le combat. Ainsi prit fin l'équipée de ces très jeunes gens dont maint d'entre eux, bien que n'étant pas titulaires de la reconnaissance nationale, n'en sont pas moins restés de fervents patriotes dans toute la noblesse du terme.

Les uns allaient rejoindre, du moins l'espéraient-ils, d'autres mouvements clandestins. Au vrai peu réussiront, leur âge constituant la principale difficulté. D'ailleurs, l'un d'eux ne va-t-il pas utiliser, au sein même de la résistance, une fausse carte d'identité qui le vieillissait de deux ans pour faciliter son admission à un groupe national bien considéré, aux côtés des seniors !

Les transferts d'armes de poing, de fausses cartes d'identité et la communication de toutes sortes de renseignements militaires sont parmi nos missions. Les journées patriotiques des 21 juillet, 11 et 15 novembre seront soulignés soit par un épandage massif dans les artères principales de la commune du panégyrique de ces anniversaires, soit par le goudronnage des façades de maisons habitées par des collabos. En mars 1944 survient l'arrestation de NOEL. Peu après, il sera déporté au camp de Buchenwald. C'est la dispersion tant dans la section des jeunes que dans celle des aînés. Impossible d'établir un contact avec ces derniers, même quand on eut la confirmation que notre ami Oscar ne parlerait jamais.

Le plus grand nombre des actions devant contrecarrer ces productions viendront de l'extérieur, de sorte que le personnel de l'usine ne puisse plus être mis automatiquement en cause. C'est alors la destruction complète des outils d'un important atelier de soudure. C'est également le sabotage de l'appareillage d'un pont roulant occupant une place stratégique dans la chaîne de fabrication.

Début février, c'est la rencontre inespérée d'un homme qui entend donner à la jeunesse la chance d'apporter sa contribution à cette grande œuvre qu'est devenue la Résistance et avalisera sans hésitation l'entrée du groupe C.L. dans les réseaux de la Légion belge. Cet homme est le lieutenant A.S. Oscar NOEL (*) qui, on le saura seulement après la Libération, agira de concert avec Alfred LEBRUN (*) dont la carrière militaire se termina au grade de colonel. Prestation de serment dans le même temps, nouvelle définition des activités, recommandations diverses dont celle de la plus grande discrétion, valable d'ailleurs pour tout un chacun. Localement, on nous désignera désormais sous le nom de section des jeunes de l'A.S. de Jemappes bien qu'officiellement nous ayons été enrôlés comme résistants, à part entière, du Refuge A.60 de l'Armée Secrète.

 

Il faut intensifier le recrutement pour combler les nombreux trous occasionnés dans les rangs du groupe par l'expatriation forcée de ces compagnons de 18à 22 ans…avec cette difficulté supplémentaire qu'au-delà de cette catégorie d'âges, les gars approchés se disent plutôt disposés à servir dans des formations d'adultes.

L'équipement permettant de les réaliser est des plus modestes, pour ne pas dire minable. Mais, ponctuellement, des écrits s'opposant à l'Occupation et appelant à la résistance sont distribués à l'intérieur comme à l'extérieur des usines précitées.

Plusieurs contremaîtres sont acquis à la cause de la Résistance, mais il faut bien leur concéder qu'ils sont pris entre deux partis inverses et exposés à recevoir des coups des deux côtés. D'autres surveillants, une minorité, manifestent volontiers leur sympathie pour l'occupant. C'est naturellement avec ces derniers que nous entrerons le plus souvent en conflit sans toutefois que les raisons de celui-ci ne soient portées à la connaissance des autorités allemandes. Précisons : bien plus par crainte de mesures coercitives de la Résistance que par un semblant de patriotisme leur restant au fond du cœur.

Désireux de suivre l'exemple de leurs aînés, des jeunes travailleurs décident d'entrer en opposition avec l'ennemi par tous les moyens dont ils pourraient disposer dans le cadre de leur activité professionnelle journalière. C'est ainsi qu'au bout d'un certain temps la direction de ces établissements enregistre régulièrement des plaintes quant à la qualité médiocre de l'assemblage des pièces par soudure électrique ou rivetage, aux anomalies de fonctionnement des boîtiers d'essieu, aux imperfections d'arrimage. Conséquences : retour du matériel à l'expéditeur avec l'obligation de livrer un produit parfaitement fini ; retard chronique d'exécution des carnets de commande ; imbroglios financiers insupportables.

 

 

Par Gilbert CATTELAIN

 

 

 

LA COMMEMORATION DU 24ème ANNIVERSAIRE DE L'ARMISTICE DE 1918 DANS LE BORINAGE. C'est aujourd'hui qu'un noyau de jeunes résistants d'une usine Jemappienne (C.L.) va marquer la volonté d'étendre son combat au-delà des limites du périmètre professionnel dans lequel il s'essaie à marquer des coups depuis quelque temps. Pour des raisons trop longues à exposer ici, c'est seulement dans le courant de cette journée que l'un des jeunes métallos- en congé blessure à la main-est chargé de prendre livraison à Wasmuël d'un encombrant panier de feuilles interdites par-dessus lesquelles on a jeté quelques légumes saisonniers. Les collaborationnistes recevraient leur part de remarques dans des entrefilets incisifs, comminatoires. Mais, revenons à l'odyssée de l'après-midi. Transportant la précieuse charge sur le porte- bagages de sa bicyclette, le courrier pédalait allègrement quand, arrivé au lieu-dit " les quatre pavés de Quaregnon ", il fut pris dans une rafle orchestrée par la Gestapo et des feldgendarmes. Le temps de réaliser ce qui survenait, et l'un d'eux ordonnait avec sécheresse à l'adolescent de s'éloigner immédiatement : " des gosses ne devant pas traîner dans la rue à ce moment de la journée ! " A la nuit tombante, quatre ou cinq garçons se mirent à parcourir à vélo, notamment à Jemappes, les rues les plus fréquentées du village en y éparpillant tout ce qui leur avait été remis. Des milliers de pamphlets jonchèrent ainsi les artères principales de la localité en un temps record.  

Ce fut une des premières manifestations patriotiques organisées par des éléments de la Résistance(*) dans la Cité du Coq.

Le lendemain, c'était le jour sacré : pour quelques-uns, avec un sentiment de victoire modeste devant " l'abattage " de la veille ; pour d'autres, les passants, avec une lueur nouvelle d'espoir dans le regard.

Peut-être est-il opportun de rappeler que si l'intéressé s'est toujours dit plus vieux qu'il ne l'était en réalité afin d'écarter les obstacles à son entrée dans la Résistance, il savait en revanche insister sur sa tenue vestimentaire pour refléter son âge véritable lors, par exemple, de missions semblables.

Effectivement, l'acte qui sera posé ce soir-là consistera à diffuser simultanément nos idées depuis des escouades réparties selon les lieux de résidence de chacun. Ces petites formations répandraient donc à l'envi, dans leur commune respective, des tracts critiquant le nazisme et incitant à la lutte clandestine.

Il ne pouvait être question d'une action d'éclat ; le groupe n'en disposait pas des moyens et nous n'étions pas des balèzes en stratégie. Mais, avec l'esprit de débrouille qui y prédominait, il était permis de croire que l'opération mise finalement au point toucherait l'adversaire jusqu'au fond de son orgueil.

10 novembre 1942 ; trentième mois de l'occupation allemande.

 

 

LES HOMMES DU P.-D.G. Heureusement, le moral des gars de notre équipe était intact. Nous allions donc répondre au mieux à la demande et, réellement, la cadence de production sera à ce point perturbée durant les mois qui suivront que la direction de l'usine modifiera son règlement d'ordre intérieur en y introduisant d'austères mesures de discipline. Le premier était un contremaître pédant, vaniteux, en mal de promotion. Un cuistre, quoi ! S'il n'avait eu de surcroît l'habitude de crier à tout propos sur les travailleurs, peut-être ceux-ci l'auraient-ils supporté moins mal ? Enfin, il ne cachait pas sa sympathie envers l'occupant qu'il louangeait même à l'occasion. Chaque fois, on remarquera un long moment d'accalmie dans les agissements du personnage. Certes nos principaux objectifs étaient ailleurs, mais il apparut en corrélation de ce constat que l'ensemble du personnel d'atelier avait alors le loisir de souffler, cassant du même coup les prévisions des programmes de travail. Que faire pour tempérer l'ardeur du surprenant bonhomme qui, ce fut nettement perceptible à partir de ce moment-là, devenait dangereux ? Rien de moins que de se débarrasser de lui pour un temps sous le subterfuge d'un accident. Un jour, alors que toutes les conditions étaient remplies pour atteindre le but, une lourde échelle métallique s'abattit sur lui. Transporté à l'hôpital, il y séjournera plus longtemps que nous ne l'avions conjecturé. 

Point terminal inespéré : on ne le revit plus à l'usine.

Le deuxième homme n'était autre qu'un ancien sous-officier de la Légion-Wallonie rapatrié invalide du front de l'Est. Avec une bonne tête, de taille moyenne, la démarche claudicante, il n'avait vraiment rien d'un foudre de guerre. Par ailleurs, son franc-parler déroutait en ce sens qu'il ne s'accordait pas à l'individu que son passé récent était censé cataloguer. De toute façon, la plupart se méfiait de lui. Le voici appelé par la Direction à tenir un rôle de garde-chiourme, avec un pouvoir inquiétant, pour lequel il montrera tant de zèle qu'il indisposera jusqu'au plus placide de nous.

Comment freiner cette exaltation sans employer la violence ? D'abord par la rédaction d'articles courts mais mordants que publiera la presse clandestine-dont l'excellent journal " La Voix des Belges "- et qui seront portés à la connaissance de l'intéressé évidemment par nos soins.

Dans chaque camp on fourbit ses armes : celui de la résistance qui prépare dans l'ombre ses nouvelles formes de combat ; celui des hommes de terrain du P.-D.G. Où règne l'effervescence d'une servilité écœurante. Deux d'entre eux vont se porter à l'avant de la situation et plusieurs de leurs comportements ressembleront singulièrement à de la provocation.

Alors que la boîte travaillait à plein rendement pour l'armement allemand, l'ordre - pressant - de multiplier les actes de sabotage nous parvint par le lieutenant de l'A.S. qui assurait la liaison. La douceur de l'été n'atténuait que légèrement la rigueur des restrictions qui proliféraient en cette année 1943. Même l'annonce plus fréquente de victoires alliées réussissait à peine à dérider les gens qui trouvaient l'épreuve longue et douloureuse.

 

 

DES TAUPES ET DES HOMMES.L'ordre est impératif : le groupe des jeunes de la 453ème Cie A.60 commandé par le lieutenant A.S. qui assurait la liaison en permanence devait s'agrandir. Dès lors, à chacun d'enrôler au moins un partisan après avoir naturellement respecté les consignes d'usage et pris le temps de la réflexion.Un fait, parmi d'autres, qui rappelle les aléas de l'affaire : l'un de nous rencontre quelqu'un marchant sur ses vingt ans et que des circonstances de prime abord auraient dû inciter à lui faire confiance. Pourtant la suspicion s'installe. L'intéressé ne manque jamais une occasion d'affirmer son patriotisme. Il prône volontiers aussi l'amitié, la tolérance, la fraternité… Soit ! Et après ? Se faisant de plus en plus empressé auprès de ceux qui sont éblouis par tant de faconde et de prestance, il poursuit manifestement un but. Lequel ? L'ami d'enfance d'un des nôtres vient de rentrer au village en permission après l'une des batailles pour Tcherkassy, en Ukraine, où les troupes de Degrelle, assure-t-on, se sont distinguées. Objectif fixé par l'A.S. : soutirer des renseignements, quels qu'ils soient, à l'engagé dans la SS. Sturmbrigade Wallonie. En fait, l'uniforme de celui avec qui notre complice se baladait, la Croix de Fer qu'il arborait et la parfaite entente qui semblait régner entre les deux compères suffiraient apparemment aux nervis pour déduire qu'ils partageaient le même idéal. Notre camarade invoqua prudemment le fait d'être fort jeune pour s'occuper de telles choses tandis que les Allemands, de leur côté, prévoyaient que son âge contribuerait justement au succès. Avertis de cette possibilité que le hasard nous offrait en disposant d'un observateur dans les locaux mêmes de la police secrète nazie de Mons, les responsables A.S. estimèrent l'entreprise trop risquée car ils ne concevaient pas qu'elle pût fonctionner à sens unique sans éveiller tôt ou tard les soupçons et exposer au péril peut-être un réseau entier. D'autre part, couvrir ce membre de la résistance d'une totale immunité des autres formations patriotiques était impensable et impossible. Notre compagnon en avait-il vraiment les aptitudes ?Ou, dans le but de ne pas brusquer l'interlocuteur au point de départ, une manœuvre extraite de la panoplie d'agissements de cette redoutable police ? (*) Plus précisément la G.F.P. (Geheime Feld Polizei), police militaire moins citée sur la place publique mais usant de procédés aussi ignobles de répression. 

 

A moins que …Bref, on ne saura jamais !

L'idée fut abandonnée et le garçon s'abstint de se montrer dans le quartier où il avait rencontré les deux policiers sans qu'aucune identité précise n'eût été réclamée. Négligence de leur part malgré la renommée d'une minutie triomphante ?

Et il fallait être bougrement malin pour entrer dans ce jeu-là !

Il promit de réfléchir et de répondre concrètement le week-end suivant. Trois ou quatre jours passèrent ; le permissionnaire de la Légion Wallonne repartit pour la Russie.

De là à suggérer une association à leur projet, il n'y eut qu'un pas vite franchi : pour tout suspect dénoncé-réfractaire ou résistant-une appréciable récompense en argent serait accordée.

Rien d'important ne sera retiré de cette démarche sinon qu'elle va mettre notre agent en présence de deux émissaires de la Geheime Staats Polizei au café dénommé en ce temps-là " Le Continental " à Jemappes que fréquentait assidûment la jeunesse des quatre coins du Borinage.

On apprend fortuitement qu'il use de mêmes artifices auprès d'une messagère d'une section voisine du W.O. (War Office) qui se garde bien de se jeter dans ses bras. La réponse à nos questions tombera lors de la publication d'une fiche signalétique du fringant zazou : il travaillait à infiltrer des organisations clandestines pour le compte de la Gestapo de Mons (*)

D'où proviennent l'argent de poche et ses costumes faits sur mesures dont il paraît disposer à foison à une période si pénible pour la majorité ? Personne ne lui connaît un job fixe. Il ne vient pas non plus d'une famille aisée. Le marché noir ? …

Tout ne se déroulait toutefois pas suivant un tel schéma.



UNE SACREE SOIREE En cette fin d'année 1943 le doute avait fait place à l'espérance ferme ; la libération se profilait enfin. Dans le cadre d'un ensemble d'opérations à travers la région qu'il couvrait, l'état-major décida de confier aux jeunes de la section locale une mission qu'il disait peu dangereuse et venant à propos le 10 novembre. Dans une première phase, il s'agissait de pourvoir aux besoins en goudron qu'on savait trouver en quantité aux usines C.L. Nous n'allions quand même pas descendre le vieux gardien ! A la grâce de Dieu ! On passera par-là. Pas de blessure sinon quelques écorchures ; pas de panique même quand les sbires déclenchèrent un tir nourri. Après un recours porté devant la plus haute juridiction compétente, l'homme se vit condamner à une peine qui, dans les faits et quoi que disaient déjà à l'époque certains détracteurs, fut empreinte de clémence.  

 

Aujourd'hui lorsqu'il évoque les faits au hasard des conversations, l'ancien R.A. retient surtout comme considération l'emportant sur toutes les autres le facteur chance dont il bénéficia ce soir-là.

Les motifs de la sentence ne varièrent pas : collaboration politique avec l'ennemi et tentative d'assassinat sur la personne de Monsieur X…

Une heure plus tard l'un des deux garçons rencontrait une autre difficulté de taille. Désigné pour effectuer le goudronnage de la façade principale de la maison d'un échevin, certes partisan de l'envahisseur allemand mais se tenant à l'écart des magouilles fomentées dans sa sphère, le jeune résistant y était accueilli par des coups de feu. Les circonstances ayant déterminé le politicien à atteindre sa cible, de la fenêtre de sa chambre, l'arme à la main, sont connues pour avoir été exposées en séance du Conseil de Guerre à la Libération.

Ils se dirigeaient vers l'endroit par lequel ils étaient entrés quand, soudain, le veilleur de nuit armé d'un fusil de chasse, et ses deux molosses se mirent à les poursuivre. Pas moyen de trouver une autre issue que celle débouchant sur les chemins de fer gardés par des rexistes.

A la tombée de la nuit deux gars y pénétreront avec une facilité d'autant plus grande qu'ils connaissaient tous les recoins. Deux récipients, par bonheur heureusement transportables, seront vite remplis.

Qu'aurions-nous à faire ? Simplement le badigeonnage de façades des maisons habitées par les renégats Jemappiens, voulant ainsi rappeler le lendemain la date du 25ème anniversaire de l'armistice signé dans la forêt de Compiègne.

 

NULLE PART OU ALLER L'un ou l'autre avait beau essayer d'en apprendre plus sur l'arrestation du lieutenant A.S. par qui passaient les ordres, rien n'y faisait. Des lampes à l'huile produisaient un éclairage blafard. Cinq grabats s'étalaient à même le sol. Une semaine avant, quelques partisans polonais tentant de gagner la Grande-Bretagne y avaient logé. L'endroit paraissait sûr, à la condition qu'il ne fût explicitement désigné aux Allemands qui n'auraient eu aucune peine à capturer leur proie dans, somme toute, un trou sans issue. A des heures fixes, le gardien des installations, celui-là même qui communiqua les coordonnées de l'abri, donnait le signal du repas déposé sur le palier supérieur. C'était également l'occasion de revoir la lumière du jour qui agissait positivement sur le moral. Ces instants privilégiés ne suffiront toutefois pas à entretenir la force à opposer à la déprime qu'engendre la solitude.Une nouvelle semaine s'écoula et, subitement, le jeune résistant ressentit le besoin de regagner son village où il espérait obtenir des renseignements pouvant mieux le guider dans ses décisions.Eh bien non, c'était toujours le black-out !Sa maison se trouvait à moins de cent mètres.Il consulta son bracelet-montre ; il ne lui restait pas assez de temps pour tâcher d'avoir cette entrevue. A peine cinq minutes passèrent lorsqu'une auto, suivie par un camion militaire, s'arrêta brusquement en face de l'habitation du fonctionnaire.Les Allemands reformèrent les rangs dans le même charivari. Ouf ! Les voilà partis. On eut dès lors la quasi-certitude que les ennuis de notre groupe venaient d'une fatalité tragique au niveau des faux papiers d'identité délivrés. Assis à l'arrière de la voiture, le fugitif s'enfonça dans de sombres pensées. 

 

Le tram s'arrêta, prit des passagers et redémarra après les quelques coups de sonnette habituels.

Bruit de portières qui claquent, de bottes martelant le pavé, d'ordres beuglés par un officier. Très rapidement, l'immeuble fut envahi. Il n'y avait personne.

Cet homme ne pouvait-il pas apporter des éclaircissements sur l'incarcération de l'officier A.S. 0n savait qu'il avait appartenu d'abord au " Mouvement National Belge " mais, par son action et ses nombreuses rencontres dans les milieux de la résistance, dont l'Armée Secrète en priorité, peut-être détenait-il certaines informations.

Devant l'aubette où il attendait dans la fraîcheur de ce printemps de 1944 le dernier tramway de la journée en direction de la ville proche qui l'hébergerait pour une nuit, le garçon se souvint tout à coup du cadre communal chez qui il s'était rendu l'une et l'autre fois, au nom de l'A.S., pour prendre possession de fausses cartes d'identité.

Peut-être arriverait-il cette fois à toucher un interlocuteur valable ?

D'ailleurs, n'y tenant plus après quatre jours, notre ami quitta le sinistre lieu et erra d'une maison à l'autre, dans des localités différentes, les parents et amis l'accueillant avec réconfort. Pourtant, il éprouvait sans cesse l'impression de constituer pour eux sinon un danger, une lourde charge en cette période de disette.

Quelle désolation ! Effroyable !

Un seul discours dominait : que chacun se tienne sur ses gardes ! La consigne se répercuta partout dans les rangs du refuge par le message codé prévu. L'intermédiaire relevant de la section des jeunes reçut cependant une instruction à part. Il devait prendre contact avec Monsieur Untel qui lui indiquerait où trouver asile dans l'immédiat. En pénétrant dans le domaine de cette mine de charbon désaffectée (Sainte-Henriette, à Flénu) une atmosphère lugubre le saisit. L'adolescent n'était pas au bout de son malaise. Il rejoignit bientôt sa cachette dans une galerie souterraine qu'on atteignait par une échelle scellée dans la paroi. Là, en bas, l'espace réservé aux réfugiés était délimité de part et d'autre par de lourdes portes palières métalliques fonctionnant tellement mal qu'il était vite renoncé à les fermer en entier, d'où d'incessants courants d'air et émanations désagréables provenant notamment de l'inexistence de sanitaires.

 

LA DERNIERE PORTE De fait, se posait l'examen d'une plus grande sécurité dans la transmission tant de messages que d'un tas d'autres documents et les responsables présumèrent, pour finir, qu'un tout jeune messager attirerait sûrement moins l'attention de l'occupant qui, en ce mois d'avril 1944, redoublait de vigilance et de représailles. En peu de temps, il démontra aux dirigeants du groupe qu'il était rodé à ce genre de charges dans lequel il ne voulait d'ailleurs pas se confiner.Comme le petit dernier de la famille qu'on veut guider dans l'accomplissement de tâches mal connues de lui, il se trouva alors soutenu dans un tourbillon de missions propres à des équipes spécialisées dans les coups de main. Après un engagement assez tumultueux avec l'arrière-garde d'une colonne de Waffen SS, l'ensemble de l'effectif procéda à des opérations de police conjointement avec la gendarmerie régionale. Le ratissage du bois de la Houssière permit le recensement d'un stock important de munitions abandonnées par l'ennemi…On se rappellera que, sur base de mesures administratives prises dans un premier temps, il fut notamment envisagé de ne reconnaître la qualité de résistant qu'à tout participant comptant un minimum de X mois de services de guerre et âgé de 18 ans au moins à la Libération. Or, bien qu'il totalisât une action continue depuis 1942, le benjamin du groupe Nola allait seulement sur ses 17 ans.  Mémoire Boraine 

 

Edition 2004

Gilbert Cattelain

 

Déjà soulevée au cantonnement à Ittre, au milieu de touchants témoignages d'estime, la question fut réglée un peu plus tard selon la cohérence qui accordera la reconnaissance nationale à cet ancien combattant de l'ombre, le portant au rang restreint des cadets de la Résistance armée.

 

De même, sous les ordres du Nola, il participa aux combats de la libération de Jemappes où les drames qui se déroulèrent les 2 et 3 septembre firent cinquante-trois morts. Appelée en renfort par la formation sœur d’Ittre qui venait de perdre cinq de ses hommes, la brigade Jemappienne se rendit là-bas et y resta jusqu'à la démobilisation des forces de la résistance, le 14 octobre '44.

Il conquit tout aussi rapidement l'affection de son nouvel entourage.

C'est ici qu'apparaît de nouveau le garçon qui, par-delà les avatars de la cellule C.L. de Jemappes-Borinage et de la section junior de l'A.S.-A.60, entend fermement maintenir sa contribution jusqu'au bout.

Aux différents rôles attribués aux membres de la brigade spéciale du Groupe Nola, l'opportunité d'y adjoindre l'intervention d'un adolescent ne se précisa qu'au terme d'une réflexion plutôt longue.

 

 

La Brigade Jemappienne du Groupe Nola

 

La brigade comptait 57 membres dont 7 femmes, 47 hommes et 3 jeunes.

 

La responsabilité de celle-ci incomba au Ghlinois Arsène Carroyer, alias Tom, que secondaient le Jemappien Charles Heyman et le Montois Gérard Potvin. C'est de Jemappes, où s'installa le siège de l'organisation boraine, que partaient les instructions. Parmi ces résistants se trouvaient, avec une affectation spécifique, un aumônier, un médecin, une infirmière, un chef de P.M.E., deux directeurs d'usine, un inspecteur de la police communale, un sous-officier de la gendarmerie. Les six autres femmes transmettaient les messages à l'intérieur de la brigade ainsi que vers d'autres formations clandestines amies et rassemblaient des renseignements à l'intention du service établi à cet effet.

L'effectif restant- le plus grand nombre-formait le groupe d'action : sabotages et réquisitions à main armée. Pour les avoir signalées dans d'autres récits, on a pu mesurer l'importance de la participation du Groupe Nola aux combats de la Libération de Jemappes ainsi que l'utilité de l'aide apportée à la gendarmerie de Ittre du 5 septembre au 14 octobre 1944, date de la démobilisation des forces de la Résistance.

 

 

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 ORGANIGRAMME :

 

Commandant : Arsène CARROYER, alias Tom (Ghlin) Liaison avec le Lt.Ara parachutiste : Gérard POTVIN (P.M.E. Mons) Aumônier et contacts Parachutage : R.P. Antoine BORBOUX, ( Collège St. Stanislas, Mons) Médecin de la Brigade : Dr Victor THIRIONE (Jemappes) Infirmière du groupe d'action : Germaine NAZE (Jemappes) Assistance occasionnelle : Emile DEPREZ (Directeur d'usine, Jemappes) Direction service des renseignements : Jean HACCART, Sr. (Ingénieur, directeur d'usine Jemappes) Renseignements-Messagères : Rita BAUDEAU (Jemappes), Fernande DELEGLISE (Jemappes) , Sylvie DOYE( Jemappes), Renée GERIN (Ghlin), Louise GODIN (Quaregnon), Renée PETRI ( Mons). Groupe d'action

Commandant en second sur le terrain : Charles HEYMAN (Jemappes) Opérations armées : Henri ANDRE (Quaregnon), Léon BAUDEAU (Jemappes), Florimond BOITTE(Jemappes), Gilbert BOUCHER (Wasmes), Gilbert CATTELAIN (Jemappes), Noël CAUFRIEZ ( Quaregnon), Marius CORNU (Wasmuël), François CREVIEAUX ( Jemappes), Fernand DELEGLISE (Jemappes), Marius DELPANCHE (Ghlin), Joseph DELPLANQUE (Jemappes ), Augustin DEMARET ( Quaregnon), Joseph DEPINOIS (Flénu), Raoul DIEU ( Jemappes), Hector DUFRASNES (Flénu), Hector FINET (Quaregnon), Maurice FOUREZ (Cuesmes), Gérard CHIGNY ( Jemappes), Victor GRUMIAUX ( Wasmuël), Jean HACCART Jr.( Jemappes), Marcel HAUQUIER (Jemappes), Fernand JADOT (Flénu), Ovide KINT (Quaregnon), René KINT (Quaregnon), Alfred LALLEMAND (Jemappes), Marcel LARBOUILLAT ( Jemappes), Camille LASSOIS (Jemappes), Florimond LEVEQUE (Jemappes), Emile LHOIR (Jemappes), Marcel LIMBOURG (Cuesmes), Oscar LUPANT (Ghlin), Maurice MAHIEU (Jemappes), François MAIRESSE (Jemappes), Georges MATON (Jemappes), Herman MINIOT (Jemappes), Emile NAZE (Jemappes), Gilbert NISOL (Jemappes), Sylvain NISOL (Quaregnon), Raoul PIERARD (Wasmuël - Bruxelles), Florian PLUMAT (Jemappes), Georges THIBAUT (Jemappes-La Panne), Hector VERDUN (Jemappes), Gaston VIENNE (Jemappes - Asquillies - Blaton)

 

 

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